Un président en Seine-Saint-Denis

Editorial pour le numéro 33 du journal « Tous Montreuil » du 27 avril au 10 mai 2010

Il y avait eu le « casse toi, pauvre c… » craché à un homme lui aussi mal embouché, et une échauffourée « virile » avec des pêcheurs au Guilvinec. Il y a désormais le « fais pas le malin… » lancé à un jeune mal élevé en Savoie.

A nouveau, les Français s’interrogent sur le comportement du président de la République,  sur une désinvolture qui, confinant parfois à la grossièreté, indique en tout cas un double manque, de respect pour ses interlocuteurs et de conscience de ses responsabilités.

Mais peut-être lui pardonneraient-ils cette façon si peu présidentielle de s’exprimer s’ils avaient la conviction, par ailleurs, que les problèmes sont sérieusement traités, avec justice et sagesse ? Ce n’est hélas pas le cas.

Et notamment pas en Seine Saint Denis, où Nicolas Sarkozy est venu il y a quelques jours « installer » personnellement – c’est déjà en soi un peu incongru – un nouveau préfet. Ancien patron du Raid, Christian Lambert, c’est son nom, est un homme à poigne et un proche du président.

Il a fallu, pour cette visite, fermer pendant deux jours la préfecture de Bobigny – privant Nicolas Sarkozy du spectacle indigne des habitants englués dans des queues interminables, pour une demande de carte grise (ça se passe dedans) ou de carte de séjour (c’est dehors). Et mobiliser des centaines de fonctionnaires de police.

Le message, lui, n’a rien de nouveau. Le président a promis une nouvelle fois « une lutte sans merci aux voyous », dénonçant « plusieurs décennies de renoncement et de laxisme », comme s’il n’avait pas été lui-même pendant des années aux commandes du ministère de l’Intérieur.

Si les orientations sont claires, en matière de sécurité en tout cas, et musclées, les moyens, eux, font clairement défaut. Ce qui laisse craindre la multiplication d’opérations spectaculaires, destinées à frapper l’opinion, plutôt qu’une restauration patiente de la crédibilité de la police.

Quant au projet pour la Seine Saint Denis, c’est le néant. Desservir les quartiers, créer des emplois, lutter contre l’échec scolaire, financer les projets culturels, consolider les petites entreprises, construire des logements… Tout ça n’intéresse pas le président.

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