11 novembre : extraits de l’allocution de Dominique Voynet, maire de Montreuil, lors des cérémonies du souvenir

Mesdames messieurs,

Certaines dates, certaines journées, marquent particulièrement la mémoire des peuples : elles parlent ? chacun d’entre nous, quels que soient son origine, son parcours de vie, son statut dans la société. (…)

Allez voir au musée d’histoire vivante de Montreuil les croquis de Steinlen, lisez les « carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier », ils vous diront l’horreur de ce conflit, la fraternité des hommes, la réalité de la tranchée : on y entendait l’argot de Belleville, le bambara, le roulement de r creusois, le wolof ou le yddish et même les accents pointus de la lointaine Asie.

Des années plus tard, nous commémorons finalement dans les mêmes images, les stéréotypes de la vie, la fiancée séparée du combattant, l’infirmière au chevet du soldat évacué, la guinguette du temps de permission, et les archétypes de la mort : La déflagration d’artillerie, la pluie de boue, les corps broyés des 8 ? 10 millions de victimes, les « gueules cassées » , innombrables,qui ont porté dans leur chair, toute leur vie durant, les conséquences de ce conflit.

Parfois 2000 tués par jour sur notre sol et jusqu’aux plus absurdes du dernier matin.

Dans une même pensée, nous unissons désormais les ennemis d’hier, les soldats partis au front la fleur au fusil et tout le temps la peur au ventre, les mutinés fusillés pour avoir refusé d’emprunter les sentiers de la gloire, le front et les civils qu’on quittait, comme dit la chanson, «? le cœur bien gros, comme dans un sanglot? ».

(…) Les premiers doutes surgis dès la fin du conflit sur «? ? quoi bon la science et la technique? si c’est pour en faire un usage si terrible » la grande vague de questionnement sur le sens du progrès et de l’histoire, trouvent en nous, face au monde tel qu’il va, un drôle d’écho.

Car, alors que des soldats européens sont engagés sur de lointains théâtres d’opérations, alors que la guerre civile se rallume ici et l? , la question lancinante de la guerre et de la paix n’est pas éteinte, 90 ans après.


«? Plus jamais ça? !? »

«? La der des der? », disaient les combattants.

La leçon du 11 novembre n’est elle pas aussi qu’il est plus facile de déclencher les guerres que de fabriquer les paix? ?

(…) La culture de paix, celle de Jaurès et de son compagnon montreuillois Daniel Renoult, celle d’Henri Barbusse, restent, Mesdames, Messieurs, notre bien le plus précieux.

Cette culture, retrouvons la en 2008.

Elle nous appelle ? développer au quotidien le refus de la brutalité sous toutes ses formes autour de nous.

A promouvoir la résolution non violente et pacifique des conflits, la prévention et aussi l’usage contrôlé des armes.

Et puisqu’on utilise, une fois de plus ? tort, le mot de guerre économique, construisons ensemble le gouvernement économique de notre monde.

Car nous voulons être, sans naïveté, sans angélisme, mais avec conviction, non seulement des citoyens de France, non seulement des citoyens européens mais également des citoyens du monde….

Ainsi, depuis l’étrange silence qui parcourut le champ de bataille au matin de l’armistice, ? la cérémonie d’inhumation du soldat inconnu sous l’arc de triomphe en 1920,

De la manifestation des jeunes de 1940 place de l’Etoile, ? la présence de Winston Churchill aux cotés du général de Gaulle en 1944 sur les Champs- Elysées, jusqu’? la célébration internationale en ce moment même ? Douaumont,

Tous les 11 novembre, ce qui court, quand on tire le fil du souvenir, c’est le tissu de l’espérance humaine et de la vie.

(Seul le prononcé fait foi).

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