Lettre ouverte de Dominique Voynet, ancienne ministre de l’environnement à Jacques Auxiette, Président de la région des pays de la Loire.

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LETTRE OUVERTE DE DOMINIQUE VOYNET,

ANCIENNE MINISTRE DE l’ENVIRONNEMENT,

A JACQUES AUXIETTE,

PRESIDENT DE LA REGION DES PAYS DE LA LOIRE

 

 

Cher Jacques Auxiette,                                                                                  Jeudi 29 novembre 2012

 

 

 

Nous nous connaissons bien, et depuis longtemps.
Nous avons eu à travailler ensemble sur bien des sujets qui relevaient de nos compétences respectives. Tu étais considéré, parmi les présidents de région, comme l’un des plus attentifs aux questions soulevées par les écologistes ; et moi, parmi les écologistes, comme l’une des plus capables – sans doute faut-il y voir la raison pour laquelle Lionel Jospin m’a proposé de rejoindre son gouvernement – de concilier des exigences jusque là considérées comme incompatibles : l’égalité des territoires, la qualité des emplois, la qualité de la vie, la responsabilité écologique.

Nous avons affronté des coups durs ensemble, nous avons conduit des campagnes électorales ensemble, et convaincu les militants de nos partis de poursuivre côte à côte, pendant un mandat de plus, le travail engagé dans la Région… ce qui supposait que soit mise de côté la loi du plus fort, au profit d’échanges intellectuels nourris, entre pairs respectueux les uns des autres.

Quelle mouche t’a donc piqué ? Pourquoi a-t-il fallu que tu exhumes, sorties du contexte, des phrases du siècle dernier pour (tenter de) disqualifier ceux qui, aujourd’hui et dans un contexte économique, social et énergétique radicalement différent, tentent d’alerter sur l’inutilité de ce projet conçu à une époque où ni toi, ni moi n’avions l’âge de voter ?

En vérité, cher Jacques, seule ministre écologiste dans un gouvernement qui ne l’était pas, je me suis battue pour faire changer des lois qui prévoyaient, par exemple, qu’aucune partie du territoire métropolitain ne devrait être située à plus de 50 km d’une autoroute en 2015 ! J’ai mobilisé toute mon énergie pour convaincre ministres et grands élus de transformer radicalement leur approche en matière de politique des transports, pour éviter les concurrences coûteuses et dévastatrices entre « grands projets », alors que montaient en puissance la préoccupation civique sur deux sujets longtemps négligés : la raréfaction des ressources en gaz et en pétrole, et la menace du changement climatique.

A l’époque, nous nous battions, déjà, contre un aéroport, celui que certains auraient voulu bâtir – c’eût été le troisième ! – dans le grand bassin parisien, à Beauvilliers, à Chaulnes ou à Vatry. Nous trouvions cela idiot. Nous aurions préféré une offre mieux répartie, sur quelques aéroports de dimension interrégionale. On parlait de Toulouse (pour admettre que l’aéroport construit en zone dense ne pouvait s’étendre sans nuisances terribles pour les riverains), de Lyon (pour constater que l’aéroport de Satolas était… loin de tout) ou… de Nantes. Nantes, pourquoi pas ? Nantes, faut voir… La discussion fut vive entre les ministères… comme en témoigne le texte que tu me mets en bouche, écrit à la 3ème personne, sans que jamais le Je ne soit utilisé… Qu’en déduire ? Que j’étais respectueuse du travail interministériel ? Oui, sans doute, c’était la règle du jeu. Que j’étais convaincue ? Tu sais bien que non. Et je me réjouis qu’aucune décision concrète ne fût prise alors…

Depuis, le monde a bien changé. Les mesures de régulation du trafic aérien ont été radicalement améliorées, au point qu’un trafic bien supérieur à celui de Nantes peut être traité en toute sécurité, sur une seule piste, à Genève ou à Glasgow. L’emport moyen des avions a augmenté, leurs moteurs sont moins bruyants. Et surtout, nous avons désormais compris que le vieux monde, gaspilleur et vorace, sera bientôt derrière nous et qu’il devient urgent de gérer de façon plus économe et plus sobre, et notre argent et nos ressources énergétiques et nos terres cultivables.

Tu l’auras compris, mon cher Jacques, je n’ai pas l’intention de me fâcher avec toi, même si tu me prends pour cible aujourd’hui. Et je reste à ta disposition pour poursuivre sur ce sujet et sur d’autres un débat qui n’aurait jamais du être interrompu. Avec l’espoir, évidemment, de te convaincre, et la certitude que cette sottise ne se fera pas.

Dominique VOYNET

 

 

8 commentaires pour “Lettre ouverte de Dominique Voynet, ancienne ministre de l’environnement à Jacques Auxiette, Président de la région des pays de la Loire.”

  1. Je reprend ce commentaire édifiant sur ce post
    http://politique.blogs.ouest-france.fr/archive/2012/11/29/titre-de-la-note.html
    :
    Sous ce gouvernement Jospin, le ministre de l’Equipement et des transports était le communiste Jean Caude Gayssot qui avait comme directeur de cabinet un certain Nicolas Notebaert qui venait d’une DDE.
    Dix ans après ce dernier est devenu PDG de Vinci Airport.
    On peut comprendre que le PCF soit favorable à la construction de ce nouvel aéroport dont la responsabilité est du ressort de ce fonctionnaire…

    Communiqué VINCI : Nicolas Notebaert est nommé président de VINCI Airports
    ———-
    Les conflits d’intérêt ne sont sans doute pas pour rien dans cette affaire, et le financement du parti socialiste non plus.

  2. très bonne et utile mise au point, merci

  3. Le + ahurissant en matière de transports aériens de passagers,c’est la quasi inexistance d’échanges entre aéroports français,via le rail;hormis entre
    RCDG et St-Exupéry Lyon.Mais entre RCDG,Orly,Beauvais et…Vatry?Quel avenir
    est « réservé » aux BA militaires fermées depuis 5 ans…?Qu’existe-t-il en
    relations feroviaires(directes) entre les aéroports de Nice,Marseille,Perpi
    gnan,Montpellier,Toulouse?
    L’aéroport de St-Etienne(Andrézieux Bouthéon)ne pourrait-il faire l’objet
    d’études pour créer un pôle d’échanges intermodal(fer-air-route)desservant
    le Nord-Ouest de l’Auvergne,le Pilat,le Centre du Massif Central,via l’A75
    l’A89?Mais au « temps fort » du désengagement de l’Etat en « faveur » des ré
    gions,n’est-ce pas trop Lui en demander?

  4. tout aussi scandaleux sinon plus : les études que continuent de financer la région pdl pour savoir comment un jour desservir ce futur aéroport!!! En voilà un SCANDALE qu’on aimerait qu’il soit dénoncer bcp plus fort que ce qu’il est auj. Pourquoi?
    Pcq que la période tout à fait inédite de réduction des dépenses publiques dans laquelle nous allons entré dès 2014 mettra un TERME DEFINITIF à toute tentative du genre! Le projet de LGV Rennes – Nantes via NDDL est un projet à plus de 2Mds€ que rien ne peut justifier, pas même le renchérissement futur du pétrole. Le potentiel voyageur pour une telle LGV est très en deça de ce qu’il faudrait atteindre pour caresser l’idée de construire une telle infra. A croire que les cheveux gris qui y croient encore n’ont aucune idée du modèle éco du ferroviaire?! C’est affligeant, vraiment.
    La priorité des prochaines décennies, en matière ferroviaire comme ailleurs, C la réno des infra existantes, surtout celles du quotidien (ter par ex.) Des Mds€ qu’on ne sait mm pas ou est-ce qu’on va les trouver. Alors de grâce, arrêter de charger la barque.
    Ce qui est terrible avec cette génération de décideurs nés durant les 30 glorieuses, C que pour la plupart d’entre eux, ils continuer de nier l’évidence : la croissance infinie dans un monde fini, C impossible.
    Après les 30 glorieuses et 35 ans d’endettement public extrême, la période qui s’ouvre s’appelle « Faire Mieux avec Moins ». Et même les tétus qui essayeront de la contourner n’y arriveront pas.
    Au fait M. Auxiette, savez-vous qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis (il y a aussi les élus imbus d’eux-même mais je ne peux pas croire que vous soyez de ceux-là)?

  5. pour plus d’info sur ce scandale de l’impossible desserte ferroviaire de NDDL : http://www.enerzine.com/800/aeroport-du-grand-ouest—il-faut-en-finir-avec-la-vision-retrograde-du-xxeme/participatif.html

  6. Cher olivierv,

    voyez ici http://www.developpement-durable.gouv.fr/Repertoire-d-archives-detaille,18494.html

    Nicolas Notebaert n’était pas directeur de cabinet comme vous l’avancez, mais juste conseiller… et en charge du ferroviaire.

  7. […] fait, l’actualité est venue percuter ce débat de fond et lui donner une réalité concrète : aéroport de Notre-Dame-des-Landes, liaison ferroviaire Lyon-Turin, centrale nucléaire EPR de Flamanville, par exemple, et tout […]

  8. […] Lettre ouverte de Dominique Voynet, ancienne ministre de l’environnement à Jacques Auxiette, Président de la région des pays de la Loire. Publié le 7 décembre 2012 dans Actualité lettre-ouverte-de-dominique-voynet-ancienne-ministre-de-lenvironnement-a-jacques-auxiette-president-… […]

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